Merci pour le rêve, Rue Frontenac!

Moment noir pour le journalisme indépendant. Devant la tournure des négociations avec un potentiel investisseur, les artisans et artisanes de Rue Frontenac ont quitté le journal web en bloc vendredi, récupérant au passage leurs droits d’auteur et laissant le site web vide de tout contenu.

Dans un communiqué de presse, l’équipe de rédaction laisse entendre qu’une personne, dans le clan de l’acquéreur, a une intégrité journalistique douteuse. C’est pourquoi les journalistes refusent de travailler avec cette personne. Patrick Gauthier, un des ex-lock-outés, n’y va d’ailleurs pas de main morte sur Twitter: « On a fondé quelque chose parce qu’on ne voulait plus travailler pour un voyou; on l’a tuée pour les mêmes raisons. RIP @ruefrontenac ». Nul besoin de dire que j’ai hâte que l’identité de cette personne soit révélée! Je suis aussi curieux de voir si le site sera quand même racheté, considérant qu’il repart complètement à zéro.

Aux camarades de la rue Frontenac, je termine ce court billet en vous disant merci. Merci de nous avoir offert durant 29 mois cette expérience de journalisme indépendant. Merci de nous avoir offert cette alternative aux médias de masse. Merci de nous avoir fait profiter de votre talent libéré des entraves de Quebecor.

Merci de nous avoir fait rêver à un milieu journalistique différent. Je vous souhaite de conserver votre liberté dans vos projets futurs!

25 mois gris et un jour noir

Ce soir, le vote a tranché: 64,1% des lock-outé(e)s du Journal de Montréal ont sonné la fin du conflit. 63 personnes, dont 24 pour couvrir l’actualité, reprendront le travail. Les autres? Beu-bye.

J’ai suivi ce conflit avec beaucoup de solidarité. Une solidarité qui ne s’est malheureusement pas sentie chez beaucoup de gens, qui ont continué de lire le journal et d’acheter chez ses annonceurs. Par leur grave faute, la population et les annonceurs ont attaqué les artisan(e)s du quotidien de la rue Frontenac, les condamnant à la défaite. Les 70% de lock-outé(e)s renvoyés vous disent merci, d’ailleurs.

Sachez que je n’ai pas l’intention de cesser de boycotter ces annonceurs, d’ailleurs. Je boycotte Lozeau depuis un certain temps et je continuerai. De même que je continuerai à éviter (si je ne peux les boycotter complètement) les autres annonceurs. Je vous encourage à faire de même. Et puis, si ça peut vous motiver, Photo Service, dans le Vieux-Montréal, vend moins cher.

Je termine ce court billet en vous exposant un nouvel épisode de gloire de nos très corporatives centrales syndicales. La CSN, à laquelle le Syndicat des travailleurs de l’information du Journal de Montréal est affilié, a annoncé le résultat du vote aux médias avant de l’annoncer aux membres présent dans l’assemblée. Ceux-ci l’ont appris par les médias! On n’arrête pas le progrès. Ça s’ajoute à la très tardive campagne de boycott et au pognage de beigne qui a caractérisé l’action de la CSN durant ces 25 mois de conflit.

25 mois gris, soldés par une journée noire pour les conditions de travail des journalistes et pour la qualité de l’information au Québec. Le journal en ligne des lock-outé(e)s, Rue Frontenac, est là pour rester. Adoptez-le, vous ne serez pas déçu(e)!

Lock-out, deuxième anniversaire

Ce soir, à 00h35 exactement, le conflit de travail au Journal de Montréal en arrivera à son deuxième anniversaire. Deux ans sur le trottoir, le plus long conflit au Québec dans le monde des médias et au Canada dans le monde de la presse écrite. Un très triste anniversaire qui n’aurait pas été atteint si la loi anti-briseurs de grève n’était pas aussi désuète.

Mais que pouvons-nous faire, nous, pauvres pécheurs? Boycottons le Journal de Montréal, boycottons ses annonceurs (dans la mesure du possible, évidemment), lisons Rue Frontenac et faisons un don aux lock-outés. C’est seulement ainsi que nous rétablirons l’équilibre dans le rapport de force entre les deux parties, favoriserons un règlement négocié et permettrons à 253 familles de reprendre un rythme de vie normal.

Solidarité.

Rue Frontenac se rappelle 2009

Au-delà d’une année sur le trottoir, 2009 aura surtout été, pour les journalistes en lock-out du Journal de Montréal, la naissance de Rue Frontenac, un journal en ligne alternatif et indépendant maintenu par les 253 travailleur(euse)s. Une année de journalisme, c’est aussi une année de photos, et les lock-outé(e)s ont publié une revue photographique de l’année 2009.

Voyez ci-dessous, sur l’hébergeur Vimeo, ou visionnez-le directement sur la Rue Frontenac.