Partis politiques: une pensée pour les photographes!

La campagne électorale est en marche. Celle-ci se joint donc aux Olympiques pour toujours mieux nous donner une écoeurantite aigüe des journaux et des bulletins de nouvelles.

Pour le personnel des médias et les pigistes, toutefois, c’est une manne. Dans le contexte où les employeurs rivalisent d’imagination pour couper l’offre de travail, et en pleine saison creuse que sont les vacances d’été, ce sera une bouffée d’oxygène sur laquelle personne ne crachera.

Mais voici que ce matin, un parti politique, en l’occurrence Québec solidaire, a annoncé aux médias par voie de communiqué qu’il leur donnerait accès librement à une banque d’images régulièrement maintenue. Même si je suis loin de vivre de la photographie, laissez-moi vous dire que ça enrage.

Ça enrage, mais aussi ça surprend, car il s’agit de Québec solidaire, un parti qui lutte contre les abus patronaux et qui a fait preuve d’une solidarité sans faille envers les lock-outé(e)s du Journal de Montréal lors du conflit qui s’est étiré pendant plus de deux ans. Rappelons que ce qui a permis à Quebecor de proposer autant de suppressions de postes et d’en imposer une bonne partie dans un conflit de travail au rapport de force complètement déséquilibré, c’est la convergence, mais c’est aussi cette facilité qu’ont les médias à se faire donner plein de contenu tout cuit dans le bec. Si le parti de gauche ne peut évidemment pas contrôler ce que ses militants et militantes font des photos qu’ils et elles prennent, une certaine cohérence venant de l’organisation du parti aurait été de mise.

Je conclue en lançant un appel à tous les partis. Ne cédez pas à la tentation de faire tourner dans les médias des images favorables. Gardez à l’esprit que des travailleurs et des travailleuses mangent et se logent grâce au travail de photographie qu’offrent les médias. Jouer le jeu de ceux-ci, c’est pousser plus de photographes vers la précarité et encourager de nouveaux conflits de travail.

Et personne ne veut ça.

La violence et la cible complètement ratée

Aujourd’hui, je souhaite m’entretenir avec vous au sujet d’une certaine réalité rencontrée dans les manifestations. Ici, peut-être ailleurs aussi, je ne sais pas. Je parle de cette méfiance, et parfois de cette violence, que certain(e)s manifestant(e)s expriment à l’endroit des médias. Peu importe leur portée, peu importe leur propriétaire. Ça fait quelques temps déjà que je veux m’exprimer là-dessus, et un incident survenu aujourd’hui au blocus de la Tour de la Bourse me pousse à me lancer dans le sujet.

Je vais aborder le sujet à la fois avec mon chapeau d’ancien participant actif du mouvement étudiant, et à la fois avec celui de photographe indépendant. Et au diable le bris d’objectivité qui pourrait transparaitre de ce texte. Faut que les choses soient dites.

Pour décrire les faits rapidement, des manifestant(e)s, je dirais une dizaine, ont encerclé la télé-journaliste de TVA Véronique Prince et son caméraman en scandant « Québécor ment » à répétition. Au bout d’un moment, un caméraman de Radio-Canada (je crois) est allé les aider en forçant les dits manifestants à s’éloigner et en tentant d’en raisonner quelques uns, sans succès. Un attroupement se créa, d’autres personnes s’en mêlèrent de chaque côté, et il s’en suivit une brève échafourrée plutôt violente durant laquelle la police, bien présente à proximité, n’a pas levé le petit doigt pour essayer de calmer les esprits.

Il est impossible de ne pas comprendre la méfiance des manifestant(e)s quand un(e) journaliste de l’empire Péladeau s’avance pour couvrir leur événement. Cette entreprise a maintes fois suscité la colère avec ses articles et ses titres totalement subjectifs, réducteurs et sans aucune nuance. Vous rappelez-vous de « Pot, alcool, grabuge »? Ou, récemment, ce « Et quoi encore? » en pleine une, en parlant des revendications des éducatrices des CPE. Solution choisie pour pallier à ce problème, donc, on intimide la journaliste et son caméraman. On s’attaque aux travailleurs et travailleuses plutôt qu’à l’employeur; après tout, ces gens sont plus facile d’accès.

Si vous vous sentez visé(e) par ce texte, lisez bien, comprenez bien:

ÇA NE DONNE STRICTEMENT RIEN.

Pourquoi? Une réponse pour chacun de mes chapeaux.

Tout d’abord, sur un plan stratégique, vous venez de mettre une journaliste en beau fusil contre vous, « vous » risquant d’être émotivement défini comme l’ensemble des manifestant(e)s. Quand elle parlera à nouveau de cette manif, ou d’une autre sur un thème similaire, elle pourrait avoir beaucoup moins de sympathie à opposer à une exigence de son employeur de ramasser vos revendications. Une envie de vengeance pourrait même se glisser dans son topo. Je tiens à insister sur le caractère conditionnel de mes deux dernières phrases, je ne la connais pas. Mais il est clair que vous n’avez pas aidé votre cause et que vous venez de détruire beaucoup de travail de communication réalisé par vos porte-paroles auprès des médias. Au final, vous venez de faciliter de beaucoup le traitement éditorial pékapiste de l’événement. Bravo. Sincèrement. Ou pas.

Mais aussi, sur un plan humain… merde, vous avez encerclé et intimidé une travailleuse! Une travailleuse qui gagne sa croûte dans les conditions de merde imposées par l’empire et qui n’a rien d’une bourgeoise millionnaire qui profite personnellement de la couverture pékapiste. Ai-je besoin d’en rajouter? Vous criez à la violence et à l’intimidation policière, et tout de suite après vous servez un traitement du même genre à quelqu’un d’autre? Sib…oulette!

Je me rappelle la grève de 2005, votre comportement était la source de bien des frustrations. La grève de 2012 commence à peine. Il est temps de vous ajuster.

Quand un organisme trahit votre confiance

Un photographe que je connais se trouve dans une situation malheureusement courante: une de ses photos est utilise librement par un journal, qui l’a reçu par courtoisie d’une organisation qui n’avait pas le droit de la partager.

Philémon Beaulieu a photographié, à son compte, une manifestation survenue à Montréal en mars dernier. Parmi ses photos figurait une, très réussie, du président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), Léo Bureau-Blouin. Ce dernier a publié, par la suite, une lettre d’opinion dans le journal La Presse et a fournie la dite photo au journal montréalais à titre de courtoisie. La Presse l’avait alors recadrée de façon à supprimer le nom de Philémon de la photo. Ce dernier n’en avait pas fait de cas à l’époque, puisque ça rendait service à la FECQ, mais il réalise maintenant que La Presse réutilise la photo librement en la qualifiant de photo d’archives.

Je traiterai à nouveau de cette histoire pour aborder le côté légal (ou illégal) de cette utilisation par La Presse. Ce que je souhaite aborder présentement est ce qu’il faut faire pour éviter que ça n’arrive.

Il est normal d’éprouver de la solidarité avec certaines organisations, spécialement dans les différents domaines politiques, et de vouloir contribuer à leurs efforts en leur accordant d’utiliser une ou plusieurs de nos photos. Philémon l’a fait, je le fais aussi, et sans doute que plusieurs d’entre vous qui lirez ce texte le faites. Mais quand on le fait, il faut garder en tête un point important: en terme de respect de droit d’auteur, les gens sont insoucieux et ignorants, et le fait qu’ils soient à la tête d’une grosse organisation n’y change rien.

En la matière, il faut prendre tout le monde par la main. Balisez. Encore et encore.

Je vous suggère la lecture d’un billet de Francis Vachon, photographe de presse basé à Québec, sur la rédaction d’une licence. En gros, indiquez clairement ce que l’organisation a le droit de faire avec la photo. Indiquez sur quel type de document, voire sur quel document, la photo peut figurer. Indiquez pour combien de temps. Spécifiez que la licence n’est pas transférable, formulez cette clause de façon à ce que même un idiot la comprenne au besoin. Bref, faites comprendre à l’organisation bénéficiaire de votre générosité que votre contribution n’est pas infinie et que vos conditions doivent être respectées.

Suggestion personnelle, faites aussi une facture. Non pas avec un tarif de 0$, mais avec votre vrai prix, assorti d’un rabais du même montant. L’idée derrière ça est de travailler à ce que les gens prennent conscience de la valeur d’une photo. Avec la dématérialisation liée à l’informatique, les gens en viennent à penser qu’une photo, c’est juste un fichier JPG qui n’a rien coûté à sortir de l’appareil-photo. Alors que la réalité est toute autre. Faites comprendre que votre travail a une valeur, que le cadeau que vous faites a une valeur, et que de recevoir un tel cadeau est un privilège. Pas un droit.

L’idée n’est pas de chercher à poursuivre l’organisation. Enfin, vous pouvez peut-être, mais personnellement je n’en vois pas la pertinence. L’idée est plutôt de s’assurer que vos conditions soient claires pour tout le monde. L’idée est d’empêcher qui que ce soit de prétendre l’ignorance ou de prétendre avoir présumé une plus grande générosité de votre part.

L’idée est de conserver le rôle du gentil lorsque vous déciderez que l’organisation ne recevra plus de cadeau.

Chapitre 2: en une telle situation, le journal peut-il se défendre d’un poursuite en rejetant le blâme sur l’organisation? On garde ça pour un prochain billet! 😉

Le titre professionnel, puisque tout le monde en parle

Ma cour est la photographie, ce n’est pas le journalisme. Mais, entre vous et moi, la photographie de presse y est étroitement reliée. Un débat a cours présentement dans la communauté journalistique au sujet d’un titre professionnel de journaliste, qui serait attribué par une quelconque instance publique en situation d’autorité. Les journalistes qui respectent les règles établies seraient donc officiellement reconnus comme professionnels.

Bien que je ne connaisse pas tous les arguments dans ce dossier, je réfléchis à tout ça et ai décidé de me prononcer sur la question dans ce court billet.

Face à l’État, le rôle du journaliste est clair: enquêter, révéler, être le chien de garde des contribuables face aux politiciens qui voudraient en cacher des bouts. Une séparation parfaite entre les deux domaines doit donc exister. L’idée que l’État puisse avoir un certain contrôle sur l’accession des prétendants au titre de journaliste pose, à mes yeux, un malaise évident. La première victime serait le journalisme d’enquête. Qui oserait se pencher sur les potentiels abus du gouvernement s’il sait que celui-ci peut lui retirer son titre?

Au-delà de cette question d’indépendance entre le journalisme et le politique, il y a aussi toute la question de la bureaucratie, de la paperasse, des délais, bref du trouble pour gérer l’accession au titre, spécialement pour l’aspirant! Une pratique sans reconnaissance légale ne pose d’ailleurs aucun risque pour la sécurité de la population. Ce n’est pas comme la médecine ou les soins infirmiers.

C’est pourquoi je préfère, et de loin, le modèle de l’autorégulation que représente le Conseil de presse du Québec (CPQ). Qu’en est-il, alors, de l’alternative proposée par l’organisme qui consisterait à rendre obligatoire l’adhésion au CPQ?

Comment déterminer à partir de quelle grosseur un média doit être membre? Est-ce que des médias indépendants comme le CMAQ, Faits et Causes, Projet J, Le Couac, L’Aut’Journal, et j’en passe, devraient eux aussi payer les droits d’entrée au Conseil malgré leur petite taille? Si non, où est la ligne?

Et si la solution passait plutôt par un volontariat fortement encouragé? J’explique. Les médias seraient libres d’adhérer ou non au CPQ. Par contre, tout l’appareil public pourrait réserver les privilèges accordés aux médias à ceux qui sont membres du CPQ. Les autres, vous prendrez le téléphone alors que vos concurrents membres seront déjà en train de publier la nouvelle. Les médias y penseraient par deux fois avant de renoncer à leur accès à la tribune parlementaire. Des entreprises privées pourraient, elles aussi, exiger l’adhésion au CPQ lorsqu’elles rencontrent des représentants des médias.

Par ailleurs, question de ne pas restreindre l’accès aux petits médias, aux médias étudiants et aux médias amateurs, le CPQ pourrait, de son côté, s’assurer que leur adhésion soit possible, simple et économique, leur procurant ainsi les mêmes privilèges qu’aux gros conglomérats.

En somme, le titre professionnel me semble présenter un trop grand risque de dérapage, en plus d’exclure trop de monde. Le volontariat me semble beaucoup plus adéquat ici si on lui accroche un privilège considérable. Il permettrait en même temps aux organisations et aux entreprises de prendre un peu leurs responsabilités dans le monde de l’information.

Une nouvelle, deux médias, deux titres contradictoires

Brève mise en contexte. Le ministre de la Santé du Québec, Yves Bolduc, a dit dans une entrevue qu’il avait comme objectif que toute la population québécoise ait un médecin de famille dès 2016. Le Dr Louis Godin, de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), a bien sûr réagi.

La Presse titre, sur Cyberpresse: « Médecins de famille: un objectif irréaliste, dit la Fédération des médecins » (capture d’écran)

Radio-Canada, quant à elle, titre: « Médecins de famille : la solution Bolduc ambitieuse mais atteignable, dit la FMOQ » (capture d’écran)

Des médias qui se contredisent, c’est très commun. Mais qui se contredisent sur une citation et à même le titre, wow, ça a fait ma journée. Non, mais, branchez-vous! 😛